Finances publiques / économie

Le déficit de l’État se creuse à fin septembre, malgré des recettes en hausse

Le solde budgétaire atteint moins 159,2 milliards d’euros sur les neuf premiers mois de 2026, contre moins 155,4 milliards un an plus tôt. La charge de la dette augmente de 9,1 milliards. Ces comptes de l’État ne sont ni le déficit de toutes les administrations publiques ni un résultat annuel.

Par la Rédaction de Matière Publique · Publié le · Mis à jour le

Bâtiment Sully du ministère des Finances à Bercy, photographié par Fred Romero le 28 novembre 2015, archive illustrative distincte de la publication budgétaire de 2026
Fred Romero / Wikimedia Commons et Flickr, 28 novembre 2015, CC BY 2.0. Photo réduite et cadrée à l’affichage, archive illustrative de Bercy.

L’essentiel

  • 159,2 milliards de déficit Cumul de l’État à fin septembre, contre 155,4 en 2025.
  • 348,2 milliards de dépenses Budget général hors remboursements et dégrèvements.
  • 270 milliards de recettes Budget général hors fonds de concours et attributions de produits.
  • 47,5 milliards de charge de la dette Contre 38,4 milliards sur la même période de 2025.

Un écart de 3,8 milliards sur un an

Le déficit budgétaire de l’État s’établit à 159,2 milliards d’euros à la fin de septembre 2026, selon les comptes publiés ce mardi 3 novembre par Bercy. Il était de 155,4 milliards à la même date de 2025. Le solde se dégrade donc d’environ 3,8 milliards sur un an. La dépêche Reuters diffusée à 8 h 45 reprend ce résultat du ministère. Elle confirme la lecture du chiffre, mais ne constitue pas une autre mesure comptable.

Ce montant cumule les neuf premiers mois de l’année. Il ne représente pas le déficit du seul mois de septembre. Il ne faut pas davantage le comparer directement à un objectif de déficit public exprimé en pourcentage du produit intérieur brut : celui-ci concerne un autre ensemble, comprenant notamment la Sécurité sociale et les collectivités territoriales. La publication du jour porte sur l’exécution du budget de l’État.

Les recettes progressent, les dépenses aussi

Les dépenses du budget général, hors remboursements et dégrèvements d’impôts, atteignent 348,2 milliards d’euros, contre 332,7 milliards un an plus tôt. L’augmentation est de 15,5 milliards à périmètre courant. Bercy la chiffre à 16,9 milliards à périmètre constant, c’est-à-dire après prise en compte des changements de périmètre. Ce correctif de comparaison ne doit pas être confondu avec une mesure de volume corrigée de l’inflation.

En face, les recettes du budget général hors fonds de concours et attributions de produits atteignent 270 milliards, contre 258,5 milliards à fin septembre 2025. Elles progressent de 11,5 milliards. Les recettes fiscales nettes gagnent environ 9,5 milliards et les recettes non fiscales environ 2 milliards. L’impôt sur le revenu rapporte 2,7 milliards de plus ; la TVA revenant à l’État, 3,7 milliards de plus. Ces hausses n’empêchent pas la dégradation du solde général.

La charge de la dette pèse davantage

Le tableau détaillé des dépenses fait apparaître une charge de la dette de l’État de 47,5 milliards d’euros à fin septembre, contre 38,4 milliards sur la même période de 2025. La hausse atteint 9,1 milliards, soit 23,6 % à périmètre courant. Ce poste est une dépense budgétaire ; il ne donne pas le montant total de la dette accumulée par l’État et ne doit pas être présenté comme tel.

Le ministère attribue la hausse des dépenses notamment à la charge de la dette, sous l’effet des taux et de l’inflation. Il cite aussi les dépenses militaires liées à la programmation et aux surcoûts opérationnels. Pour les charges de service public de l’énergie, il mentionne des effets de calendrier et les prévisions de prix de l’électricité évaluées en 2025. Ces explications sont celles de Bercy ; les tableaux ne mesurent pas, à eux seuls, l’efficacité de chaque dépense.

Pourquoi une simple soustraction ne suffit pas

Les prélèvements sur les recettes de l’État représentent en outre 55,9 milliards d’euros, contre 52,6 milliards un an plus tôt. Le ministère explique leur augmentation principalement par la contribution au budget européen. En les ajoutant aux dépenses du budget général, on obtient 404,1 milliards, un total dont le périmètre est donc différent de celui des 348,2 milliards cités plus haut.

Du côté des recettes, les fonds de concours et attributions de produits portent le total à 275 milliards, au lieu de 270 milliards hors ces ressources. Les comptes spéciaux ont aussi leur propre solde : moins 30,1 milliards, soit une amélioration de 4,2 milliards sur un an. Le solde général combine ces éléments. Soustraire deux chiffres de périmètres différents, puis attribuer tout l’écart à une seule politique, donnerait une présentation trompeuse.

Des encaissements sensibles au calendrier

Bercy souligne que les recettes non fiscales bénéficient d’une restitution, en janvier, de 6,9 milliards d’euros de dotations non consommables des programmes d’investissements d’avenir arrivées à échéance. Ce mouvement est partiellement compensé par d’autres variations, notamment le calendrier des versements européens, des dividendes moins élevés et des amendes moins importantes. Une recette exceptionnelle n’est donc pas nécessairement une ressource qui se reproduira chaque année.

Le ministère signale également un effet temporaire de calendrier sur les accises électriques et leurs reversements aux collectivités. Plus généralement, les encaissements et les paiements ne se répartissent pas de façon uniforme dans l’année. Les tableaux montrent d’ailleurs qu’en 2025 le solde était passé de moins 155,4 milliards fin septembre à moins 124,2 milliards fin décembre. Ce précédent ne prédit pas 2026 ; il montre pourquoi multiplier le résultat de septembre pour fabriquer un déficit annuel n’aurait pas de sens.

Analyse : regarder les résultats et leur composition

La publication appelle deux lectures simultanées. La hausse des recettes est réelle dans ces comptes, mais elle ne suffit pas à compenser l’évolution des dépenses et des autres composantes du solde. Inversement, un déficit plus élevé ne prouve pas que tous les services publics dépensent davantage ou moins bien : certaines dépenses augmentent, d’autres baissent, et plusieurs mouvements dépendent du calendrier.

Pour juger la maîtrise des finances publiques, il faudra suivre les prochaines situations mensuelles, puis le résultat annuel et ses explications. La question politique reste celle des priorités : quelles dépenses protéger, lesquelles réexaminer, et avec quels résultats attendus ? Ces choix doivent être discutés à partir des montants et des missions. Les comptes de septembre éclairent ce débat ; ils ne constituent ni une nouvelle mesure fiscale ni un verdict comptable sur le projet de budget 2027 encore en discussion.

Sources principales

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