Économie / Entreprises

Climat des affaires : l’industrie se redresse, mais l’emploi reste sous pression

Le climat des affaires gagne un point en octobre, à 97, selon l’Insee. L’industrie progresse nettement, tandis que le commerce et le bâtiment reculent. Le climat de l’emploi baisse à 95. Ces enquêtes mesurent des opinions d’entrepreneurs, pas la croissance déjà réalisée.

Par la Rédaction de Matière Publique · Publié le

Façade et passerelles du bâtiment Sully du ministère de l’Économie à Bercy, photographiées le 28 novembre 2015, archive d’illustration
Fred Romero, bâtiment Sully à Bercy, 28 novembre 2015, Flickr via Wikimedia Commons, CC BY 2.0. Archive d’illustration redimensionnée, cadrage d’affichage adapté ; pas siège de l’Insee ni photographie des entreprises interrogées.

L’essentiel

  • 97 pour le climat global Un point gagné, toujours sous sa moyenne de 100.
  • 105 dans l’industrie Quatre points gagnés en octobre.
  • 95 pour le climat de l’emploi Trois points perdus, pas un nombre de suppressions de postes.
  • 93 dans le commerce Trois points perdus, automobile comprise.

Une amélioration limitée, pas un retour général à la normale

Les enquêtes publiées jeudi 22 octobre par l’Insee donnent une image contrastée des entreprises françaises. Le climat des affaires remonte à 97, contre 96 en septembre, mais reste sous sa moyenne de longue période fixée à 100. Cet indicateur rassemble des réponses de chefs d’entreprise sur leur activité et leurs perspectives. Il ne mesure pas directement le produit intérieur brut.

La progression du total ne décrit donc pas la situation de chaque métier. Les publications sectorielles montrent des directions différentes : le rebond industriel ne se retrouve ni dans les commerces ni sur les chantiers. Pour un entrepreneur, un salarié ou un fournisseur, le détail du secteur compte davantage qu’une lecture uniquement nationale.

Dans l’industrie, les commandes soutiennent le rebond

Le climat industriel atteint 105, en hausse de quatre points. Les différents soldes d’opinion qui composent cet indicateur progressent ; les carnets de commandes, notamment étrangers, apportent les principales contributions. Dans la fabrication de matériels de transport, l’indicateur monte à 111. Cela ne signifie pas que la production industrielle a augmenté de 4 % ni que les commandes ont bondi de ce même pourcentage.

L’automobile fait exception à l’embellie des matériels de transport : son climat se tasse légèrement, tout en restant un point au-dessus de sa moyenne. Le mouvement favorable provient des autres matériels de transport. Les biens d’équipement s’améliorent aussi, à 107. Dans l’agroalimentaire, le rebond de quatre points porte l’indicateur à 98, encore sous sa référence. Les autres industries demeurent à 99.

Le commerce recule malgré un léger mieux sur les ventes

Pour l’ensemble commerce de détail, commerce et réparation automobiles, le climat tombe à 93, trois points de moins qu’en septembre. Le pessimisme concerne surtout les perspectives générales d’activité. Les opinions sur les ventes passées et attendues se redressent légèrement, sans rejoindre leurs moyennes. Il serait donc inexact de présenter toutes les réponses des commerçants comme orientées à la baisse.

Le périmètre change aussi la lecture : hors automobile, le climat du commerce de détail perd quatre points, à 93. Le commerce et la réparation automobiles restent stables à 95. Enfin, septembre a été révisé de deux points à la hausse pour l’ensemble, après réception de réponses tardives. La baisse mensuelle annoncée jeudi se calcule sur cette référence corrigée, et non sur le chiffre diffusé un mois auparavant.

Bâtiment et services : des signaux qui ne vont pas tous ensemble

Dans le bâtiment, le climat descend d’un point, à 95. Les entreprises jugent plus sévèrement leur activité passée, mais leurs anticipations d’activité se redressent. L’opinion sur les carnets de commandes se dégrade encore. Le taux d’utilisation des capacités recule pour un troisième mois consécutif, à 88,7 %, juste sous sa moyenne de longue période.

Le signal financier mérite également attention. L’opinion des entrepreneurs du bâtiment sur leur trésorerie atteint son niveau le plus faible depuis janvier 2019, hors crise sanitaire. L’incertitude ressentie est au plus haut depuis le lancement de cette série en 2021. Ces réponses éclairent une fragilité déclarée ; elles ne constituent pas un décompte de défaillances.

Dans les services, le climat gagne un point, à 99. Les attentes concernant l’activité personnelle s’améliorent, alors que les jugements sur l’activité passée se détériorent. Le transport routier de marchandises recule à 95 ; l’hébergement-restauration remonte à 99. L’incertitude ressentie atteint aussi un sommet hors crise sanitaire dans cette enquête, dont la série correspondante a commencé en avril 2021.

L’emploi se dégrade, les intentions d’investissement résistent

Le climat de l’emploi perd trois points et s’établit à 95. L’Insee relie cette baisse aux anticipations d’effectifs dans les services hors intérim. Cet indice agrège des opinions sur les effectifs passés et prévus. Il ne dit pas que l’emploi salarié a reculé de 3 %, ni combien de postes seraient effectivement supprimés.

L’enquête trimestrielle industrielle apporte un autre éclairage. Le solde sur les investissements prévus pour les trois prochains mois passe de 18 en juillet à 19 en octobre, après correction saisonnière. Les dirigeants revoient aussi leur appréciation de l’investissement annuel 2026 : le solde passe de 6 en avril à 13 en octobre. Leur première anticipation pour 2027 est à 19. Ces nombres sont des soldes de réponses, pas des taux de progression des dépenses.

Cette enquête comporte une précaution de calendrier : les questions trimestrielles se comparent à celles de juillet, pas de septembre. Les séries trimestrielles d’investissement sont désormais corrigées des variations saisonnières. Dans le même document, les anticipations de demande globale et étrangère se replient par rapport à juillet, tout en restant supérieures à leurs moyennes. Des intentions d’investissement plus favorables ne suffisent donc pas à effacer les autres réserves.

Analyse : suivre la transformation des intentions en activité réelle

La bonne question n’est pas de choisir entre un récit de reprise et un récit de crise. Elle est de savoir où l’amélioration se diffuse et où elle s’arrête. Une commande étrangère mieux orientée peut être une information utile pour une filière ; elle ne règle pas nécessairement la trésorerie d’un commerce ou la visibilité d’une petite entreprise du bâtiment.

Pour juger la suite, il faudra confronter ces déclarations aux mesures effectives de production, d’investissement et d’emploi, sans mélanger les périodes. Une enquête fournit un signal précoce, pas une preuve qu’une politique particulière a réussi ou échoué. Notre lecture conserve donc à la fois le mieux industriel et les fragilités des autres secteurs. La photo de Bercy est une archive de 2015 : elle situe un environnement économique institutionnel, sans montrer les entreprises de l’enquête.

Sources principales

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