Pouvoir d’achat
Début 2024, les ménages aisés avaient plus souvent un crédit que les plus modestes
L’Insee publie une nouvelle lecture de l’endettement des ménages au début de 2024. Un emprunt était en cours pour 46 % d’entre eux : 27 % parmi les 10 % les plus modestes, contre 57 % parmi les 10 % les plus aisés. Emprunter pour un logement et peiner à payer ses échéances ne racontent pas la même situation.
Par la Rédaction de Matière Publique · Publié le · Mis à jour le

L’essentiel
- 46 % avec un emprunt Situation au début de 2024, pas taux de novembre 2026.
- 27 % contre 57 % Ménages du dixième le plus modeste et du dixième le plus aisé.
- Deux mesures différentes Détenir un crédit et consacrer une part de ses revenus aux remboursements.
- Enquête et dossiers distincts L’Insee ne mesure pas ici les seuls ménages surendettés.
Une publication nouvelle sur une situation plus ancienne
Avoir un crédit n’est pas le seul signe d’une difficulté de fin de mois. Dans son étude publiée le 5 novembre, l’Insee montre qu’au début de 2024 la détention d’un emprunt augmentait avec le niveau de vie : 27 % des ménages du dixième le plus modeste en avaient un, contre 57 % du dixième le plus aisé. Pour l’ensemble, la part atteignait 46 %.
La date est importante. Le document exploite l’enquête Histoire de vie et patrimoine 2023-2024 ; ce n’est pas un relevé des crédits contractés cette semaine. Il éclaire la structure des emprunts, mais ne permet pas d’annoncer que la situation de tous les ménages s’est améliorée ou dégradée depuis. Une publication statistique peut être neuve sans que sa période d’observation le soit.
L’accès au crédit et la charge de remboursement sont deux questions
Le terme « endetté » désigne ici un ménage détenant un crédit. Le taux d’endettement, lui, rapporte les remboursements à son revenu disponible. La part de ménages qui empruntent et la part de revenu consacrée à rembourser ne sont donc pas la même chose. Le premier pourcentage ne donne ni le taux d’intérêt du contrat ni la difficulté éprouvée pour le payer.
Un crédit peut accompagner un achat immobilier et la constitution d’un patrimoine. Un autre peut financer une dépense courante ou un équipement. Sans regarder sa nature, sa durée, les ressources et les actifs détenus, on ne peut pas classer automatiquement tous les emprunteurs parmi les ménages fragiles. Symétriquement, ne pas avoir de crédit ne prouve pas une aisance financière : la personne peut aussi ne pas pouvoir accéder à l’emprunt.
Ce que l’enquête permet d’observer
La présentation méthodologique de l’Insee décrit une enquête sur les actifs financiers, immobiliers et professionnels, mais aussi sur les emprunts, l’histoire familiale et professionnelle et les transmissions. Réalisée en partenariat avec la Banque de France, elle alimente un dispositif européen harmonisé sur le patrimoine. Elle vise donc un ensemble beaucoup plus large que les seuls incidents de paiement.
Les résultats détaillés de 2024 sont disponibles depuis février 2026, avec des tableaux séparant détention, montants moyens, montants médians et motifs d’endettement. Le Focus de novembre ajoute une lecture par niveau de vie. Pour comparer deux résultats, il faut vérifier la population retenue dans chaque tableau : tous les ménages ou seulement les emprunteurs, logement ordinaire, territoire et nature des dettes. Changer de dénominateur peut changer fortement le sens d’un pourcentage.
Le surendettement fait l’objet d’une autre mesure
La Banque de France étudie, de son côté, les dossiers déposés auprès des commissions de surendettement. Sa typologie 2025 recense 148 013 dépôts en France hexagonale, en hausse de 9,8 % sur un an, mais encore 32 % sous le niveau de 2015. Il s’agit de démarches dans une procédure déterminée, pas de tous les ménages ayant un emprunt immobilier ou un crédit à la consommation.
Cette différence de champ évite deux erreurs. On ne peut pas traiter les 46 % d’emprunteurs de l’Insee comme des dossiers de surendettement. On ne peut pas davantage utiliser la baisse des dépôts par rapport à 2015 pour affirmer que toutes les tensions de pouvoir d’achat ont disparu. La Banque de France distingue également les dépôts de dossiers et les personnes inscrites au fichier au titre d’une mesure : un flux de l’année n’est pas un stock à sa fin.
La fragilité ne se résume pas au montant emprunté
La typologie de la Banque de France indique que 62 % des ménages surendettés observés vivent sous le seuil de pauvreté. Ce profil diffère de celui de tous les détenteurs de crédit étudiés par l’Insee. Le montant de la dette ne suffit donc pas à décrire la marge d’un foyer : les ressources disponibles et les charges doivent être considérées avec lui.
Analyse : ouvrir l’accès sans rendre les fragilités invisibles
Le débat économique oppose souvent trop vite deux lectures : le crédit comme levier d’autonomie et le crédit comme piège. Les deux questions peuvent être posées ensemble. Financer un logement ou une activité peut répondre à un projet ; accumuler des échéances peut aussi réduire la marge disponible face à un imprévu. Aucun jugement individuel ne découle du seul fait d’emprunter.
Pour évaluer une politique, il faut donc distinguer l’accès au financement, son coût, la charge réelle des remboursements et la capacité à absorber un accident de parcours. Le meilleur argument pour élargir l’accès au crédit est de ne pas réserver les projets aux personnes déjà dotées d’un patrimoine. Le meilleur avertissement est de ne pas confondre accès et soutenabilité. Cette étude appelle une lecture par situations concrètes, pas une recommandation de s’endetter davantage ou un diagnostic à distance sur les foyers.
Sources principales
- Insee, Focus390 du 5 novembreDétention de crédit et niveau de vie au début de 2024 ; définitions et limites.
- Insee, présentation de l’enquête PatrimoineObjectifs, partenariat Banque de France et cadre européen.
- Insee, résultats détaillés2024Tableaux disponibles depuis février2026, unités et populations distinctes.
- Banque de France, typologie2025Dépôts de dossiers de surendettement, autre champ que la détention de crédit.
- Wikimedia Commons, AvijPhotographie d’illustration, auteur, date et domaine public.