Société
Cyberattaque des supermarchés : le CERT-FR alerte sur les systèmes de froid
Après les dégivrages forcés de la nuit de dimanche à lundi, le CERT-FR confirme de nombreuses compromissions de contrôleurs Danfoss et demande de filtrer leurs accès. Les pertes alimentaires sont réelles, mais leur bilan national et les responsabilités restent à établir.
Par la Rédaction de Matière Publique · Publié le

L’essentiel
- 12 octobre Alerte officielle du CERT-FR sur les séries AK-SM et AK-SC.
- Des produits retirés Confirmation d’Intermarché, pas certification nationale de remise en vente.
- Enquête ouverte Parquet de Paris et OFAC, selon AFP/RTL.
- Bilan incomplet Ni total national certifié ni auteur identifié dans les sources consultées.
Une alerte officielle après les dégivrages forcés
Le CERT-FR, le centre gouvernemental de réponse aux incidents informatiques, a publié lundi 12 octobre une alerte visant les séries AK-SM et AK-SC de Danfoss. Il confirme avoir connaissance de nombreuses compromissions et recommande de déconnecter ou de filtrer les accès aux équipements. L’alerte ne fournit toutefois ni liste exhaustive des victimes, ni montant de dommages, ni identité d’un attaquant.
Selon le récit AFP publié par RTL, les installations de plusieurs enseignes ont subi un dégivrage déclenché à distance dans la nuit du 11 au 12 octobre. Intermarché et Netto, Coopérative U, E.Leclerc, Carrefour et Monoprix figurent parmi les réseaux concernés. Les nombres annoncés sont encore partiels. Nous ne les additionnons pas pour produire un total national qui paraîtrait définitif. Le chiffre d’une enseigne ne décrit pas non plus la situation de chacun de ses magasins.
Danfoss répond, les enseignes retirent des produits
Dans une déclaration directement recueillie par Cooling Post, Danfoss indique que la majorité des unités affectées sont anciennes ou fonctionnent avec un logiciel interne dépassé. Le fabricant cite les AK-SM800 et AK-SC355, arrivés en fin de vie, ainsi que des AK-SM800A non actualisés. Il affirme accompagner les clients, maintenir les correctifs des produits encore pris en charge et recommander le remplacement des anciens systèmes. C’est sa réponse, pas une expertise indépendante attribuant toutes les fautes aux magasins.
Intermarché a confirmé directement à BleepingComputer le retrait de produits dans des meubles réfrigérés et surgelés devenus hors service. Le groupe indiquait ne pas disposer d’une liste précise de magasins à communiquer. Ce témoignage établit une réponse commerciale et sanitaire annoncée, sans certifier que tous les établissements ont retrouvé un fonctionnement normal. La présence d’un rayon vide peut être la conséquence d’un retrait préventif ; elle ne prouve pas à elle seule un nouvel incident.
L’enquête doit relier les dommages à l’attaque
Le parquet de Paris a ouvert une enquête confiée à l’Office anticybercriminalité, selon AFP/RTL. Elle doit recenser les victimes et établir le lien entre l’attaque et les pertes alimentaires ou départs de feu rapportés. L’original autonome du parquet n’a pas été obtenu. Aucun auteur n’est identifié dans les sources examinées. Ni une responsabilité étatique, ni un groupe criminel précis, ni une responsabilité pénale de Danfoss ou d’un distributeur ne peuvent être déduits du seul nombre de sites touchés.
Points de Vente rapporte le cas de l’Intermarché de Haguenau : selon la communication locale reproduite, ses surgelés doivent être jetés, alors que l’intervention du frigoriste aurait permis de sauver les produits en froid positif. Cette différence interdit de généraliser un scénario unique. Le Monde, dans son suivi du 13 octobre, rapporte également que Metro a été concerné et que Picard affirme ne pas l’être. Ces déclarations sont attribuées ; leurs originaux distincts n’ont pas été consultés ici.
Pour le client, la chaîne du froid reste le repère
La fiche de Bercy consacrée à la chaîne du froid, fondée sur les informations de la DGCCRF, rappelle qu’une hausse de température favorise la croissance microbienne et peut rendre des aliments à risque. Elle recommande de respecter les températures indiquées sur les emballages et de limiter le temps passé hors du réfrigérateur. Ce rappel général ne constitue ni un bilan sanitaire de la cyberattaque ni une garantie portant sur un produit particulier.
Un retour du système informatique à la normale ne dit pas ce qu’un aliment a subi avant ce rétablissement. Pour une question sur un achat dans un magasin concerné, le point utile est donc l’information de ce magasin sur les produits retirés et les consignes applicables. Nous ne conseillons pas de goûter un produit pour évaluer sa sécurité et ne certifions aucune remise en vente. Les contraintes de réapprovisionnement et la sécurité des denrées doivent être documentées séparément.
Analyse : la maintenance du froid est aussi une question de sécurité
L’intérêt économique de la supervision à distance est compréhensible : elle permet d’organiser la maintenance d’installations dispersées sans déplacement permanent. Le meilleur argument contre une déconnexion systématique est ce besoin opérationnel. Mais le CERT-FR distingue précisément accès distant et exposition ouverte sur Internet. La question n’est donc pas de choisir entre toute connexion et aucun service. Elle est de déterminer qui peut accéder au système, avec quelles protections et avec quel suivi.
La réponse du fabricant pose une autre question de gestion : qui suit la durée de prise en charge du matériel et finance son renouvellement ? Sans contrats ni expertise propres aux magasins affectés, il serait prématuré de désigner un responsable. Le coût d’un remplacement peut être réel pour un commerce ; celui d’un incident l’est aussi. L’enquête et les retours techniques devront éclairer les responsabilités respectives plutôt que transformer cette comparaison en procès improvisé.
Le suivi de mardi doit désormais distinguer trois résultats : sécurisation des accès, reprise effective des rayons et inventaire vérifiable des pertes. Une annonce sur l’un ne démontre pas les deux autres. Le montant national des dommages et la couverture des assurances restent à documenter. La photographie de cet article est une archive d’un rayon d’épicerie à Stockholm en 2021, non un magasin victime. Aucun lien entre ce lieu et l’attaque française n’est suggéré.
Sources principales
- CERT-FR, alerte du 12 octobre 2026Source primaire : nombreuses compromissions, systèmes concernés et filtrage des accès.
- AFP/RTL, actualisé le 12 octobre à 20 h 09Enseignes concernées et enquête parquet/OFAC ; chiffres provisoires non additionnés.
- Cooling Post, 12 octobreDéclaration directe du fabricant Danfoss, présentée comme sa position.
- BleepingComputer, 12 octobreDéclaration directement recueillie d’Intermarché sur le retrait des produits.
- Points de Vente, 12 octobreCommunication locale de Haguenau reproduite par la presse professionnelle.
- Bercy et DGCCRF, fiche chaîne du froidRappel général des conditions de conservation, pas bilan sanitaire de l’incident.
- Le Monde, suivi du 13 octobreDéclarations Metro et Picard attribuées, originaux autonomes non obtenus.
- Wikimedia Commons, Frankie FouganthinAuteur, date du 17 juillet 2021 et licence de la photo illustrative.
- Licence CC BY-SA 4.0Attribution, version réduite et cadrage sous la même licence.