Économie / industrie
L’industrie recule en septembre malgré le rebond des usines
Selon l’Insee ce jeudi, la production manufacturière augmente de 0,5 % en septembre, mais l’industrie entière baisse de 0,5 %. Le recul du bloc extractif, énergie et eau explique cet écart. Le troisième trimestre reste en retrait sur un an. Ces données décrivent septembre, pas les effets des grèves de novembre.
Par la Rédaction de Matière Publique · Publié le · Mis à jour le

L’essentiel
- +0,5 % en septembre Production manufacturière par rapport à août.
- −0,5 % sur le mois Ensemble de l’industrie, périmètre plus large.
- −3,8 % Bloc industries extractives, énergie et eau sur le mois.
- −0,9 % sur un an Manufacture au troisième trimestre, pas seul mois de septembre.
Deux résultats différents, deux périmètres
Les usines françaises produisent davantage en septembre, sans que l’industrie entière redémarre. C’est le contraste de la publication de l’Insee parue jeudi 5 novembre. La manufacture gagne 0,5 % par rapport à août, tandis que le total industriel perd 0,5 %. Ce dernier se situe au plus bas depuis mai 2025. Le premier retrouve seulement son niveau de juin : le rebond mensuel ne constitue donc pas, à lui seul, une nouvelle phase durable de croissance.
La différence tient au champ mesuré. La manufacture regroupe les activités de transformation, de l’alimentation aux équipements et aux véhicules. Le total industriel comprend également les activités extractives, l’énergie et l’eau. Leur mouvement peut compenser celui des usines. Parler indistinctement d’une industrie en hausse ou en baisse effacerait ici une information essentielle, alors que les deux chiffres sont exacts.
L’énergie pèse sur le résultat global
Le bloc industries extractives, énergie et eau recule de 3,8 % en septembre, après 2,8 % en août. L’Insee le replace au niveau d’avril, avant les hausses associées aux épisodes caniculaires. Son poids compte : il représente 2 471 des 10 000 unités de pondération du tableau industriel. Une branche plus petite que la manufacture peut donc peser fortement lorsque sa variation est nettement plus importante.
Cette lecture n’autorise pas à affirmer que la demande de tous les biens s’effondre, ni que les factures énergétiques des ménages baissent. L’indicateur décrit une production, pas les prix payés ou les dépenses de chaque foyer. Il ne constitue pas non plus une mesure de disponibilité de chaque centrale ou une explication technique exhaustive du fonctionnement du système électrique.
Dans la manufacture, le redressement reste inégal
Le redémarrage apparaît notamment dans les matériels de transport, en hausse de 2,7 % sur le mois, avec un rebond automobile de 7,5 %. Les biens d’équipement électriques, électroniques et informatiques progressent de 2,6 %. À l’inverse, le grand ensemble des autres produits industriels recule de 0,7 %. Ces écarts montrent pourquoi une moyenne nationale ne décrit pas la situation de chaque métier, encore moins celle de chaque entreprise.
Il faut aussi distinguer variation et contribution. Une hausse très forte dans une petite activité n’a pas nécessairement plus d’effet sur le résultat total qu’un mouvement modeste dans une branche beaucoup plus lourde. Le tableau de l’Insee donne les pondérations pour lire ces différences. Notre photographie du site de Flins date de 2018 : elle illustre un paysage industriel, sans attribuer au site photographié le résultat national de septembre.
Le trimestre apporte un autre point de comparaison
Sur l’ensemble du troisième trimestre, la production industrielle est inférieure de 0,6 % à celle du même trimestre de 2025. La manufacture est en retrait de 0,9 %. Ces comparaisons portent sur trois mois, pas sur le seul septembre comparé à septembre. Le rebond mensuel et la baisse trimestrielle sur un an peuvent coexister : ils répondent à deux questions différentes sur le rythme et le niveau d’activité.
La construction, présentée séparément, recule de 0,2 % sur le mois et de 4,5 % sur le troisième trimestre comparé à celui de 2025. Ce n’est pas une composante à ajouter librement au total industriel pour fabriquer un nouvel indice. Les champs, leurs poids et leurs méthodes doivent rester identifiables. Aucune de ces variations ne fournit directement un montant de pertes pour une entreprise ou un nombre d’emplois supprimés.
Des données corrigées et encore révisables
Les séries sont corrigées des variations saisonnières et des effets des jours ouvrables. L’objectif est de comparer les périodes sans laisser leur calendrier habituel dominer la lecture. Cette correction ne rend pas les résultats définitifs. Pour août, la baisse de l’industrie entière est désormais de 0,4 %, contre 0,3 % précédemment, en raison d’une révision de la production d’électricité. L’évolution manufacturière d’août reste à 0,3 % à l’arrondi publié.
La prochaine livraison est annoncée pour le 4 décembre à 8 h 45 et concernera octobre. Les résultats obtenus ce jeudi ne mesurent donc pas la mobilisation sociale du 5 novembre. Ils ne permettent pas davantage d’isoler l’effet d’un amendement budgétaire discuté cette semaine. Confondre date de publication et période observée produirait une causalité chronologiquement impossible.
Analyse : regarder la capacité à produire sans forcer le diagnostic
Pour apprécier la solidité industrielle du pays, le regain manufacturier mérite d’être relevé autant que le recul de l’ensemble. Il invite à examiner les branches qui progressent et celles qui restent fragiles, plutôt qu’à choisir le chiffre qui confirme une conviction préalable. Un mois ne tranche pas à lui seul le débat sur la compétitivité, la fiscalité ou les choix énergétiques.
La suite utile consiste à confronter cette production aux commandes, à l’emploi, aux échanges et aux comptes des entreprises lorsque leurs données seront disponibles. La fiche méthodologique de l’Insee présente d’ailleurs l’indice comme un outil de suivi conjoncturel utilisé avec d’autres indicateurs. Ici, le fait établi reste limité mais important : un rebond des usines ne suffit pas à entraîner toute l’industrie.
Sources principales
- Insee, Informations rapides n°269 du 5 novembreRésultats de septembre, comparaisons trimestrielles, pondérations et révisions ; original intégral consulté.
- Insee, description de l’indice de production industrielleObjet, suivi mensuel et articulation avec les autres indicateurs.
- Wikimedia Commons, PymoussPhotographie réelle d’archive, date et attribution.
- Licence CC BY-SA 4.0Réutilisation, attribution et adaptations sous la même licence.