Environnement

La forêt française s’étend, mais sa santé se dégrade : ce que mesure l’IGN

L’inventaire forestier publié le 7 octobre décrit une forêt plus étendue et une mortalité en hausse. Ses observations portent sur plusieurs années, pas sur les seules sécheresses et les incendies de 2026. L’adaptation doit se décider massif par massif.

Par la Rédaction de Matière Publique · Publié le

Chemin dans une forêt des Yvelines, photographie de juin 2006 utilisée comme illustration
Tognopop, Wikimedia Commons, domaine public, archive du 6 juin 2006, sans lien avec une parcelle inventoriée en 2026

L’essentiel

  • 17,7 millions d’hectares Forêts de l’Hexagone et de la Corse.
  • 2021 à 2025 Campagnes de terrain utilisées pour l’édition 2026.
  • Mortalité multipliée par 2,5 Comparaison de périodes, pas nombre d’arbres morts cette année.

Davantage de forêt ne signifie pas automatiquement une forêt en meilleure santé

L’IGN a publié le 7 octobre les résultats 2026 de l’Inventaire forestier national. Deux tendances coexistent : la surface forestière progresse, tandis que les indicateurs sanitaires se dégradent. L’Hexagone et la Corse comptent 17,7 millions d’hectares de forêt. La mortalité annuelle, mesurée en volume de bois, est passée de 7,4 millions de mètres cubes sur 2005–2013 à 18,1 millions sur 2016–2024, soit environ deux fois et demie plus.

Les mesures de terrain de l’édition s’étendent de 2021 à 2025. Elles ne comprennent pas encore les conséquences des incendies et de la sécheresse de 2026, précise le communiqué. Il serait donc faux d’attribuer l’ensemble de la hausse de mortalité au dernier été. Il serait également faux de traduire un volume de bois mort en nombre d’arbres, sans connaître leur taille et leur répartition.

Lire les chiffres sans confondre les indicateurs

Pour comprendre ce type de bilan, il faut poser trois questions avant de comparer deux valeurs : quelle unité est utilisée, quelle période est couverte et quel territoire est observé ? Des hectares renseignent sur une surface. Des mètres cubes décrivent un volume. Un pourcentage ne prend son sens qu’avec le groupe auquel il se rapporte. Les réunir dans un même graphique ne les rend pas interchangeables.

Une comparaison nationale ne décrit pas non plus la parcelle que l’on traverse le dimanche. La photographie de cet article montre un chemin des Yvelines en juin 2006. Son auteur, Tognopop, l’a placée dans le domaine public. Elle illustre le sujet, sans documenter le dépérissement mesuré aujourd’hui. Une image d’archive verdoyante ne réfute pas l’inventaire ; une image d’arbre sec ne suffirait pas davantage à le prouver.

L’adaptation ne commence pas avec ce communiqué

L’Office national des forêts décrit déjà plusieurs outils d’adaptation dans sa documentation : diversifier les essences et les modes de gestion, expérimenter des arbres potentiellement mieux adaptés dans des îlots d’avenir, préserver les sols et les milieux humides. Ce sont des orientations de gestion, non une découverte annoncée ce mercredi. L’ONF distingue aussi les réserves biologiques dirigées, faisant l’objet d’interventions de conservation, et les réserves intégrales laissées en évolution naturelle.

Cette diversité de situations est essentielle. Conserver une zone en évolution naturelle, renouveler un peuplement fragilisé et entretenir un massif productif ne répondent pas à la même question. L’ONF souligne également la nécessité de rendre compatibles les populations de grands herbivores et le renouvellement forestier. Un débat sérieux doit donc examiner le sol, l’eau, les essences et les jeunes arbres, pas seulement le nombre de plants mis en terre.

Analyse : ne pas opposer production et protection par principe

Une lecture pragmatique de ce bilan consiste à partir du résultat recherché. Veut-on restaurer un habitat, maintenir un couvert protecteur, produire du bois ou permettre l’accueil du public ? Plusieurs fonctions peuvent coexister, mais leur équilibre se construit localement. Dire que toute intervention est une destruction serait aussi simplificateur que promettre qu’une plantation suffit à réparer une forêt. La bonne réponse dépend du diagnostic et du suivi.

Le meilleur argument pour une intervention active est de ne pas attendre passivement qu’un peuplement devenu vulnérable se dégrade davantage. Le meilleur argument pour la prudence est qu’une décision prise aujourd’hui engage longtemps le milieu et peut échouer. Ces deux raisonnements ne s’annulent pas : ils justifient des essais, des objectifs explicites et une évaluation qui accepte aussi les résultats défavorables. Ni l’urgence ni la patience ne dispensent de rendre compte.

Pour juger une politique de renouvellement, notre rédaction suivra donc autre chose que les annonces de crédits : quelles parcelles sont concernées, pourquoi elles ont été choisies, quels travaux ont réellement été menés et comment leur réussite est observée ? Un montant budgétaire et un nombre de plants constituent des moyens. Ils ne sont pas, par eux-mêmes, une preuve de résilience. Cela vaut pour une politique publique comme pour un engagement privé.

Ce que l’inventaire permet de demander, ce qu’il ne tranche pas

Le nouveau bilan fournit un point de départ vérifiable pour demander des diagnostics territoriaux et pour confronter des choix de gestion. Il ne constitue pas une expertise individuelle de chaque propriétaire. Il ne désigne pas non plus une essence miracle, une règle de coupe universelle ou un budget optimal. Un lecteur peut légitimement demander aux responsables comment ils utilisent ces résultats, sans confondre ce contrôle avec une prescription technique faite à distance.

La conclusion tient en deux phrases : la forêt peut gagner en surface tout en se fragilisant ; les statistiques doivent être lues avec leurs dates. C’est précisément cette double réalité qui rend utile une politique forestière suivie dans la durée. Le choix éditorial est de regarder les capacités de transmission, de production et de protection ensemble. L’inventaire apporte des observations ; l’analyse expose ici les questions qu’elles soulèvent, sans leur faire dire davantage.

Sources principales

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