Politique / présidentielle 2027

Au Bourget, Mélenchon défend un contrôle public du numérique et une urgence sociale

Jean-Luc Mélenchon a présenté samedi au Bourget plusieurs axes de son projet présidentiel. Il veut renforcer le contrôle public des infrastructures numériques, créer un état d’urgence sociale et un pôle public du médicament. Dans le passage sur l’IA, le moratoire évoqué porte sur les équipements étrangers : ce n’est pas l’annonce d’une interdiction générale de toute intelligence artificielle. Le financement et les modalités restent à documenter.

Par la Rédaction de Matière Publique · Publié le · Mis à jour le

Portrait de Jean-Luc Mélenchon à Paris le 6 juin 2025, photographie d’archive distincte du meeting du Bourget du 7 novembre 2026
Ricardo Stuckert / PR, Lula Oficial, 6 juin 2025, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0. Portrait extrait de la photographie de l’audience à Paris, recadrage Commons par MiniYop le 9 mai 2026 ; archive, pas photographie du Bourget. Cadrage d’affichage adapté sous la même licence.

L’essentiel

  • Discours tenu samedi au Bourget Publication originale datée du 7 novembre et comptes rendus de fin d’après-midi.
  • Contrôle public du numérique Moratoire évoqué sur les équipements étrangers, portée détaillée à préciser.
  • Urgence sociale proposée Instrument juridique souhaité, pas dispositif déjà en vigueur.
  • Pôle public du médicament Engagement de campagne, financement et organisation non établis dans les pièces obtenues.

Cette fois, le discours a bien eu lieu

Jean-Luc Mélenchon a pris la parole samedi 7 novembre au Parc des expositions du Bourget, à l’occasion de la présentation du programme présidentiel de La France insoumise. Son enregistrement est publié sur sa chaîne YouTube officielle. Le direct du Parisien relate son intervention en fin d’après-midi : il ne s’agit plus du seul rendez-vous annoncé avant le meeting.

La nouvelle édition de L’Avenir en commun est sortie en librairie vendredi, selon l’annonce de LFI et les comptes rendus de presse. Le mouvement revendique 1 069 mesures. Ce nombre décrit son propre travail programmatique ; il ne vaut ni validation du financement de chaque engagement ni preuve que toutes les propositions sont nouvelles. Les passages obtenus permettent de préciser plusieurs choix, sans prétendre résumer l’ensemble du livre.

Sur l’IA, le périmètre du moratoire compte

Dans la séquence consacrée à l’intelligence artificielle, le candidat relie les enjeux de liberté, de souveraineté et d’environnement. Il défend le contrôle public des infrastructures et des accès aux services numériques. La transcription disponible de l’enregistrement original fait porter le moratoire évoqué sur les équipements étrangers, dans un développement contre la dépendance numérique aux États-Unis et la multiplication des centres de données hors contrôle souverain.

Le Parisien rapporte également à 17 h 33 la proposition d’un moratoire et d’une régulation internationale. Mais le raccourci consistant à annoncer l’interdiction de toute IA irait plus loin que le passage obtenu. Les matériels concernés, la durée, les exceptions et les modalités du contrôle public restent à préciser. Mélenchon pose aussi la question du partage des gains de temps entre travailleurs et détenteurs du capital ; il s’agit d’un choix politique défendu, pas d’un gain de productivité déjà mesuré.

Un état d’urgence sociale, encore à traduire en droit

Plus tôt dans son intervention, Mélenchon souhaite créer un état d’urgence sociale pour permettre une action publique rapide face à la détresse. Le passage met en avant un instrument juridique d’intervention. Son objectif affiché est de pouvoir répondre sans délai aux difficultés qu’il décrit, notamment dans l’accès aux ressources vitales.

Cette formule n’est pas, à elle seule, une procédure juridique complète. Il faudrait connaître les conditions de déclenchement, l’autorité compétente, les moyens engagés et les contrôles prévus. Nous n’avons pas obtenu de texte détaillant ces éléments ni de chiffrage indépendant de leurs conséquences. Une volonté d’agir plus vite ne démontre pas encore que l’outil proposé serait efficace, proportionné ou financé.

Le médicament illustre la place donnée au secteur public

Le candidat réaffirme aussi la création d’un pôle public du médicament, proposition rapportée à 17 h 45 dans le direct du Parisien et retrouvée dans la publication originale. Il l’associe à un rôle accru de la Sécurité sociale dans l’accès aux soins. L’engagement est clair sur son orientation ; l’organisation du pôle, ses compétences précises et ses relations avec les producteurs restent à documenter.

La question concrète sera de savoir ce que cet organisme ferait lui-même : fabriquer, acheter, coordonner la recherche, sécuriser des approvisionnements ou combiner plusieurs fonctions. Ces missions n’ont ni les mêmes délais ni les mêmes besoins. Sans dossier opérationnel obtenu, nous ne présentons pas la création annoncée comme une solution déjà démontrée à toutes les difficultés d’accès aux médicaments.

La critique adverse vise une économie davantage administrée

À La Ciotat le même jour, Édouard Philippe a critiqué le projet économique de Mélenchon, selon un compte rendu AFP publié à 18 h 09 par Bourse Direct. Le candidat Horizons rejette une économie qu’il juge trop administrée et met en avant le rétablissement de l’ordre dans les comptes publics. Ce désaccord de campagne est distinct d’une expertise démontrant le coût de chaque mesure.

Ce désaccord peut être examiné sur un terrain concret : quels résultats, quels moyens, quels délais ? Aucun audit indépendant du financement de ces propositions n’a été obtenu ici. Le désaccord politique ne doit donc être transformé ni en preuve de faillite future ni en garantie que les économies promises suffiront.

Analyse : demander les moyens autant que les intentions

Le point commun des propositions examinées est le renforcement de la capacité d’intervention publique. Le meilleur argument en leur faveur est de mieux maîtriser des infrastructures essentielles et d’assurer l’accès aux biens vitaux quand l’organisation existante n’y parvient pas. L’objection la plus solide porte sur la capacité réelle de l’État à financer et à exécuter ces engagements sans affaiblir la production ou l’investissement. Il reste à établir quel acteur agit, avec quelles compétences et quelle responsabilité en cas d’échec.

La même exigence doit s’appliquer à la critique libérale : qualifier un projet d’administré ne suffit pas à montrer que l’organisation existante fonctionne correctement. L’examen utile est celui des résultats attendus, des risques et des solutions de remplacement. Nous retiendrons donc les propositions du Bourget comme des choix à instruire, pas comme des promesses déjà tenues ni comme un programme condamné d’avance.

Sources principales

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