Économie / Industrie alimentaire

Panzani et Cerealis négocient leur rapprochement, sans fusion encore réalisée

Les deux groupes annoncent des négociations exclusives pour créer un ensemble alimentaire européen réalisant environ un milliard d’euros de chiffre d’affaires. Panzani conserverait son siège à Lyon. Le projet reste soumis à la consultation des représentants du personnel et aux autorisations nécessaires.

Par la Rédaction de Matière Publique · Publié le

Spaghettoni suspendus à une tige, photographie d’archive de Nnaluci, sans lien établi avec une usine Panzani ou Cerealis
Nnaluci, Wikimedia Commons, CC0 1.0 ; archive mise en ligne en février 2008, date de prise de vue non établie ; illustration de pâtes, pas usine des deux groupes

L’essentiel

  • Négociations exclusives Un projet annoncé, pas une opération déjà finalisée.
  • Environ 1 milliard d’euros Chiffre d’affaires annuel consolidé annoncé pour le futur ensemble.
  • Près de 1 800 personnes Effectif combiné annoncé, pas créations d’emplois promises.
  • Lyon et Porto Maintien annoncé des sièges et d’une organisation décentralisée.

Un projet industriel européen annoncé vendredi

Panzani et le groupe portugais Cerealis ont annoncé vendredi 16 octobre être entrés en négociations exclusives pour réunir leurs activités. Leur communiqué commun, diffusé par PR Newswire, décrit le projet d’un groupe alimentaire européen diversifié. L’AFP confirme l’annonce à 18 h 16. Le terme de négociation reste essentiel : les deux entreprises ne disent pas que la fusion a déjà été réalisée. Les étapes sociales et réglementaires sont encore devant elles.

Le futur ensemble réaliserait environ un milliard d’euros de chiffre d’affaires annuel consolidé et emploierait près de 1 800 personnes, selon les entreprises. Le communiqué avance une valeur d’entreprise d’environ 1,8 milliard d’euros. Ces trois mesures ne décrivent pas la même chose : activité vendue sur une année, personnes employées et valorisation du groupe. Il serait donc erroné d’en faire un montant de bénéfice, un investissement immédiat en usine ou un chèque déjà versé.

Deux portefeuilles et plusieurs marchés

Panzani intervient notamment dans les pâtes sèches, le couscous et les sauces. Cerealis fabrique aussi des céréales de petit-déjeuner, des barres céréalières, des biscuits et de la farine. D’après l’AFP, les deux sociétés ont réalisé respectivement 620 millions et 400 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Ces montants passés ne doivent pas être additionnés pour promettre automatiquement les ventes futures, ni assimilés à leurs profits.

Le rapprochement mettrait en relation les positions de Panzani en France, aux Pays-Bas et en Europe centrale avec celles de Cerealis au Portugal, en Espagne, en République tchèque et en Pologne. Les dirigeants y voient des possibilités de développement commercial et d’innovation. Ce sont les objectifs des parties à l’opération. Ils ne démontrent encore ni un gain de parts de marché, ni une baisse des coûts, ni une amélioration du prix payé par les consommateurs.

Les sièges seraient maintenus à Lyon et à Porto

L’organisation annoncée resterait décentralisée. Panzani conserverait son siège à Lyon, sous la direction de son actuel PDG Albert Mathieu. Cerealis resterait basée à Porto sous celle de Paula Meireles. Pedro Moreira da Silva assurerait la conduite d’ensemble. L’AFP rapporte également que CVC Capital Partners conserverait une participation minoritaire, aux côtés des actionnaires actuels de Cerealis, dont les familles Moreira da Silva et Silva Domingues et Sofina.

Le maintien annoncé d’un siège et d’une autonomie industrielle n’est pas, en lui-même, une garantie couvrant chaque emploi, chaque usine ou chaque contrat fournisseur. Le communiqué ne permet pas non plus de conclure à des suppressions de postes. À ce stade, présenter l’opération comme un démantèlement serait aussi infondé que d’en promettre tous les bénéfices. Le suivi des décisions opérationnelles devra se faire sur des engagements précis et des documents nouveaux.

Des conditions restent à remplir

Les entreprises précisent que le projet reste soumis à l’information et à la consultation des instances représentatives du personnel ainsi qu’à l’obtention des autorisations réglementaires nécessaires. Une négociation exclusive organise la discussion entre les parties ; elle ne remplace pas ces étapes. Aucune décision d’autorité de concurrence approuvant ce rapprochement n’a été obtenue pour ce contrôle. Nous n’annonçons donc ni une autorisation, ni une date de clôture définitive.

Pour les salariés et les partenaires agricoles ou commerciaux, les questions à suivre sont concrètes : périmètre retenu, organisation des achats, investissements et articulation des sites. Le communiqué présente une ambition de croissance. Il ne fournit pas à lui seul une mesure des conséquences locales. Une réaction documentée des représentants du personnel ou une décision réglementaire ajouterait des informations d’une autre nature que le discours des actionnaires, sans être interchangeable avec celui-ci.

Analyse : la taille ne suffit pas à prouver la souveraineté alimentaire

Le meilleur argument industriel est la complémentarité : élargir les marchés et les produits peut permettre de mieux répartir les coûts, les compétences et les investissements. Mais ces effets doivent être constatés, pas déduits d’un milliard d’euros de ventes annoncé. Une entreprise plus grande peut disposer de moyens supplémentaires sans que chaque site ou chaque gamme en bénéficie de manière identique. La question de l’efficacité se jugera sur la production et les décisions effectives.

L’objection porte notamment sur la concentration et le rapport de force dans la chaîne alimentaire. Nous ne disposons pas de parts de marché permettant de qualifier un monopole ou un effet précis sur les prix. Ni l’origine européenne des actionnaires ni la notoriété d’une marque ne règlent cette question. La photographie montre des pâtes suspendues, dans une archive sans lien établi avec les deux entreprises. Elle ne représente ni une installation industrielle concernée ni une nouvelle chaîne de fabrication.

Sources principales

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