Société / sécurité
Violences conjugales : les enregistrements repartent à la hausse en 2025
La police et la gendarmerie ont enregistré environ 285 000 victimes de violences conjugales en 2025, soit 5 % de plus sur un an. Ce total peut compter une même victime pour plusieurs infractions. Le SSMSI souligne aussi le faible recours à la plainte : les enregistrements ne mesurent pas toutes les violences subies.
Par la Rédaction de Matière Publique · Publié le · Mis à jour le

L’essentiel
- Environ 285 000 Enregistrements en 2025, avec comptages possibles par plusieurs infractions.
- +5 % en un an Après une stabilité en 2024, selon le SSMSI.
- 84 % de femmes Parmi les victimes enregistrées.
- 13 % portent plainte Estimation de l’enquête VRS, autre dispositif et autre période.
Le chiffre publié et ce qu’il compte
Les violences conjugales enregistrées par la police et la gendarmerie repartent à la hausse en 2025. La publication du SSMSI diffusée le 5 novembre donne un total arrondi de 285 000 victimes, en augmentation de 5 % par rapport à 2024. Le champ concerne les violences commises par un partenaire ou un ex-partenaire ; il ne se limite pas aux personnes mariées.
La note détaillée apporte une précision essentielle : une victime est comptée autant de fois que d’infractions différentes la concernant. Le nombre exact publié, 284 681, n’est donc pas un décompte garanti de personnes toutes distinctes. Cette règle n’enlève rien à la réalité des atteintes. Elle interdit simplement d’employer une unité plus large ou plus précise que celle effectivement construite par les statisticiens.
Une année d’enregistrement n’est pas toujours l’année des faits
Dans 31 % des cas, les victimes rapportent des faits antérieurs à leur année d’enregistrement. Une procédure saisie en 2025 peut ainsi porter sur des violences plus anciennes. Le total ne doit pas devenir, par glissement, le nombre de personnes agressées pour la première fois pendant cette année. Le calendrier de la plainte et celui de la violence ne se confondent pas.
Le document rappelle que l’évolution des enregistrements dépend aussi du recours aux services et du repérage des infractions. La hausse ne démontre donc pas, à elle seule, une augmentation identique de toutes les violences réellement commises. La conclusion inverse serait tout aussi abusive : invoquer une meilleure déclaration ne permet pas d’affirmer que les violences diminuent ou que la protection est devenue suffisante.
Les violences physiques dominent, les autres atteintes comptent aussi
Les violences physiques représentent 63 % des enregistrements, les violences verbales ou psychologiques 31 %, les violences sexuelles 5 %, selon le communiqué. Les femmes constituent 84 % des victimes enregistrées ; les hommes, 85 % des personnes mises en cause. Ces proportions décrivent la population observée, pas chaque couple, chaque plainte ou chaque décision judiciaire.
Les tableaux réunissent des faits de gravité et de nature différentes. Ils ne remplacent ni l’examen individuel d’une situation ni la qualification retenue par la justice. Une absence d’incapacité physique ne signifie pas, par déduction, une absence de souffrance ou de danger. Et les victimes masculines ne disparaissent pas parce qu’elles sont minoritaires dans les enregistrements. Le traitement public doit partir des faits et des besoins de protection, sans transformer un profil statistique en présomption individuelle.
Pourquoi le faible recours à la plainte change la lecture
L’enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité apporte une autre fenêtre. Son édition 2025, portant ici sur des faits déclarés pour 2024, estime que seulement 13 % des victimes de violences conjugales portent plainte auprès des services de sécurité. Elle interroge les personnes sur ce qu’elles ont subi, y compris lorsque les faits ne sont pas entrés dans les fichiers policiers.
Les deux dispositifs ne peuvent pas être rapprochés par une simple règle de trois. Les âges, territoires, années et définitions doivent être conservés. Diviser le total administratif de 2025 par le taux de plainte de l’enquête ne donnerait pas un nombre fiable de victimes. En revanche, la coexistence de ces mesures justifie de regarder au-delà de la seule entrée d’une procédure : les situations non déclarées restent un angle indispensable de l’action publique.
Ne pas confondre le dossier et son issue
Les personnes mises en cause figurent dans une base constituée à partir des procédures de police et de gendarmerie. Ce statut statistique ne vaut pas déclaration de culpabilité par un tribunal. Le rapport ne permet pas de connaître l’issue de chaque plainte. Pour suivre une réponse pénale, il faut des données judiciaires propres, pas rebaptiser les enregistrements policiers en condamnations.
Analyse : juger la protection sur le parcours, pas sur un total isolé
Ces résultats posent une question concrète d’efficacité : après la révélation des faits, les personnes sont-elles mises en sécurité, entendues et accompagnées dans un délai adapté ? Le document statistique ne répond pas à toutes ces questions. Il ne mesure pas ici la qualité de chaque accueil, le délai de chaque décision ou la prévention d’une récidive. Nous ne transformons donc pas un volume de procédures en bilan complet de la protection.
Le meilleur argument en faveur d’une progression des plaintes est qu’elle peut rendre visibles des situations auparavant cachées. La réserve décisive est qu’une visibilité accrue ne garantit pas une réponse suffisante. Le suivi devra croiser, avec leurs dates et leurs champs propres, les données de victimation, les mesures de protection et les suites judiciaires. Il faut tenir ensemble l’attention aux victimes, l’examen des preuves et les droits de la défense : aucune de ces exigences ne dispense des autres.
Sources principales
- Intérieur, communiqué du 5 novembreTotal arrondi, répartition des violences et des victimes.
- SSMSI, publication et enquête VRSDifférence entre enregistrements et victimation.
- SSMSI, IR69, document originalRègle de comptage, champ et dates, pages 1 à 3.
- Wikimedia Commons, GO69Archive du palais de justice de Dijon, date et droits.
- Licence CC BY-SA 4.0Attribution et adaptations sous la même licence.